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Lignée Bull Terrier Fonds documentaire de la race

Généalogie · Pedigree · Santé des lignées

Fonds I · Histoire et généalogie · Pièce 01

L'origine du Bull Terrier

Le Bull Terrier n'est pas une race ancienne : c'est une race construite, au milieu du XIXe siècle, par croisement volontaire entre deux types de chiens déjà existants.

Le point de départ : le Bull and Terrier

Au début du XIXe siècle circule en Angleterre un chien sans nom officiel, décrit par ce qu'on lui demande de faire plutôt que par son apparence : le Bull and Terrier. Il naît du croisement entre le bouledogue de l'époque, un chien lourd, bas sur pattes et à la mâchoire puissante, et différents terriers de travail, vifs, secs et rapides.

Ce croisement n'a rien d'un projet esthétique. Il vise un chien qui combine la résistance et la détermination de l'un avec l'agilité et la réactivité de l'autre. Le résultat est un type très hétérogène : deux Bull and Terrier de la même époque pouvaient différer de dix kilos et de plusieurs centimètres, avec des têtes, des oreilles et des robes sans rapport.

Trois éléments de ce type de départ ont traversé toute l'histoire de la race et se lisent encore dans le standard actuel : une ossature dense pour la taille, une mâchoire forte et bien dentée, et une expression déterminée. Le reste, la tête, la robe, la silhouette générale, a été refait.

À partir des années 1850, une partie des amateurs de ce type cherche autre chose : un chien présentable, homogène, capable d'être exposé et vendu comme chien de compagnie. C'est cette demande, et non un besoin de travail, qui déclenche la construction de la race.

Illustration documentaire du croisement fondateur du Bull Terrier : silhouette du bulldog ancien, du terrier blanc anglais et du Bull Terrier obtenu
PlancheLes types de départ et le type obtenu.

Le croisement fondateur et ses objectifs

Le nom qui revient dans toutes les histoires de la race est celui de James Hinks, éleveur installé à Birmingham. La littérature de race lui attribue la sélection, dans les années 1860, d'un chien entièrement blanc, plus haut sur pattes, plus fin de peau et plus régulier que le Bull and Terrier dont il partait. Un sujet blanc présenté en 1862 est traditionnellement cité comme le premier repère public de ce travail.

Ce que les sources disent des apports

Le détail des croisements employés n'a pas été consigné dans un registre : il est reconstitué a posteriori par les auteurs de la race. Les apports suivants sont mentionnés, avec des degrés de certitude différents.

  • Le bouledogue de l'époque et les terriers de travail, par l'intermédiaire du type Bull and Terrier. Ce point ne fait pas débat.
  • Le terrier blanc anglais, race aujourd'hui éteinte, à qui la plupart des auteurs attribuent la robe blanche et l'allongement de la tête. Cet apport est cité de façon très constante.
  • Le dalmatien, mentionné par plusieurs auteurs pour la qualité des aplombs et le fond blanc. L'apport est plausible mais reste au conditionnel.
  • Des chiens de type lévrier ou colley, évoqués plus tard, au XXe siècle, pour l'allongement du crâne. Les sources divergent nettement sur ce point.

L'objectif poursuivi

L'intention, elle, est claire et documentée par le résultat obtenu : un chien plus élégant que son ancêtre, droit sur ses membres, à la robe unie et blanche, et d'un caractère compatible avec la vie de famille. Le surnom de White Cavalier, resté dans la race, dit assez ce que cette sélection cherchait à produire.

La fixation du type blanc

Pendant environ soixante-dix ans, la race est blanche et seulement blanche. Les sujets colorés naissent, mais ne sont ni exposés, ni conservés pour la reproduction. Cette exclusivité n'a rien d'anecdotique : elle constitue le premier goulot d'étranglement de la race.

Deux conséquences génétiques en découlent, et l'une comme l'autre se lisent encore aujourd'hui.

  • Une base de reproducteurs très étroite. Sélectionner sur la couleur revient à écarter une partie de la population à chaque génération, quelles que soient par ailleurs ses qualités. La diversité disponible s'en trouve mécaniquement réduite.
  • La concentration des mécanismes de dépigmentation. Le blanc du Bull Terrier n'est pas une couleur : c'est une absence étendue de pigment. Or les cellules qui fabriquent le pigment jouent aussi un rôle dans l'oreille interne. Concentrer le blanc, c'est concentrer le risque auditif.

Ce lien n'est pas une croyance d'éleveur : il tient au développement embryonnaire des cellules pigmentaires, et il est décrit chez de nombreuses races à robe blanche étendue. La page surdité du Bull Terrier blanc détaille le mécanisme et l'examen qui permet aujourd'hui de le mesurer, oreille par oreille.

La réouverture aux robes colorées, dans les années 1930, répond en partie à ce problème. Elle est racontée dans la page colored et blanc.

De la variété au standard écrit

Une variété devient une race lorsqu'un texte la décrit, qu'un registre l'enregistre et qu'un club la défend. Les trois se mettent en place entre 1885 et les années 1930.

  • L'enregistrement. L'American Kennel Club enregistre la race en 1885. En Grande-Bretagne, la reconnaissance suit la même période et un club de race dédié se constitue à la fin des années 1880.
  • Le texte. Un standard écrit fixe la cible : ce qui est recherché, ce qui est toléré, ce qui est éliminatoire. Il devient la référence commune des juges et des éleveurs, et il est révisé au fil du temps.
  • Le livre généalogique. À partir du moment où les naissances sont déclarées et les filiations enregistrées, une lignée devient vérifiable. C'est ce qui distingue une race d'un type : non pas l'apparence, mais la traçabilité.

En France, cette traçabilité passe par le Livre des Origines Français, ouvert en 1885 lui aussi et tenu par la Société centrale canine. Son fonctionnement est décrit dans la page le LOF expliqué.

Aujourd'hui, la Fédération cynologique internationale décrit la race sous le standard numéro 11, dans le groupe 3 des terriers, section des terriers de type bull. Le détail de ce que ce texte demande est repris dans le fonds Standards et variétés.

Ce qui reste discuté chez les historiens de la race

Une page d'histoire honnête dit aussi ce qu'elle ne sait pas. Sur l'origine du Bull Terrier, quatre points restent discutés par les auteurs de la race, et aucun document contemporain des faits ne permet de trancher.

  1. La composition exacte du croisement. L'apport du terrier blanc anglais fait consensus, celui du dalmatien est probable, ceux du lévrier et du colley sont contestés. Aucun registre de saillie de l'époque ne les documente.
  2. La part réelle attribuable à un seul homme. James Hinks travaillait dans un milieu d'éleveurs qui poursuivaient des objectifs voisins. Lui attribuer la totalité de la race relève de la commodité de récit.
  3. La date de bascule. Selon les auteurs, la race est considérée comme constituée dans les années 1860, 1870 ou seulement à l'écriture du premier standard. Le choix dépend de ce que l'on appelle une race.
  4. L'ancienneté du profil convexe. Les sources s'accordent pour dire que la tête d'origine avait un stop marqué, mais divergent sur le moment où le profil continu s'impose. La page consacrée à l'évolution du type reprend ce point en détail.

Ces incertitudes ne fragilisent pas l'essentiel, qui est solidement établi : le Bull Terrier est une race construite par croisement volontaire, en Angleterre, au milieu du XIXe siècle, et fermée très tôt sur un petit nombre de fondateurs.

Suite : les grands géniteurs historiques