À quoi ressemblait la tête d'origine
Les Bull Terrier du XIXe siècle avaient une tête de terrier : un crâne plat, un stop marqué, c'est à dire une cassure nette entre le front et le chanfrein, et un museau droit, sensiblement plus court que le crâne. Rien qui évoque la tête actuelle.
Le vocabulaire mérite d'être posé, car il revient dans tous les textes de la race.
- Stop
- Dépression située entre le front et le chanfrein, au niveau des yeux. Chez la plupart des races, il est visible et sert de repère de proportion. Le standard du Bull Terrier n'en veut aucun.
- Chanfrein
- Ligne supérieure du museau, du stop à la truffe. C'est sa courbure, chez le Bull Terrier, qui produit le profil caractéristique.
- Downface
- Terme employé dans la race pour désigner la ligne continue et régulièrement descendante qui va du sommet du crâne à l'extrémité de la truffe, sans rupture.
- Tête ovoïde
- Aspect obtenu de face : un ovale plein, sans creux ni méplat, les joues et les arcades ne devant marquer aucun relief.
Autrement dit, la caractéristique la plus reconnaissable de la race est aussi la plus récente. Elle n'a pas été trouvée : elle a été fabriquée.
L'apparition progressive du profil convexe
La transformation s'étale sur environ soixante ans et procède par petits pas, chaque génération retenant les sujets dont le stop est un peu moins marqué et le chanfrein un peu plus courbe.
- Années 1860 à 1900. La tête s'allonge et le crâne s'aplatit. Le stop reste présent. La priorité de la période est ailleurs : fixer le blanc et redresser les aplombs.
- Années 1900 à 1920. Le stop s'efface progressivement. Les histoires de la race citent un mâle né en 1917, Lord Gladiator, comme premier sujet réputé sans stop. Le profil continu devient dès lors la cible explicite.
- Années 1920 à 1950. Le caractère de la tête se généralise et le remplissage sous les yeux devient un critère de jugement. La tête cesse d'être un élément parmi d'autres pour devenir le premier critère de la race.
- Depuis 1950. Le type est fixé. Le travail porte sur la régularité de la courbe, la force de la mâchoire inférieure et le maintien des proportions du corps, plus difficiles à conserver quand l'attention se concentre sur la tête.
Ce calendrier explique un fait souvent mal compris : une photo de Bull Terrier d'avant 1920 ne montre pas un chien mal typé, elle montre le type de son époque. Le standard décrit une cible mouvante, et les sujets se jugent au regard du texte en vigueur.
Ce que dit le standard aujourd'hui
Le standard de la race décrit la tête avec une précision inhabituelle. Voici ce qu'il demande, terme par terme, en français courant.
| Exigence du standard | Traduction concrète |
|---|---|
| Tête longue, forte et profonde jusqu'à l'extrémité du museau, sans être grossière | La profondeur doit se maintenir jusqu'au bout : un museau qui s'affine en pointe est un défaut, une tête lourde et empâtée aussi. |
| Vue de face, en forme d'oeuf et complètement remplie | Aucun creux sous les yeux, aucun relief des arcades ou des joues. C'est le remplissage, plus que la longueur, qui fait la qualité de tête. |
| Crâne presque plat d'une oreille à l'autre | Pas de bombé transversal : la surface supérieure est une voûte très douce. |
| Profil descendant doucement du sommet du crâne à la truffe | Une courbe continue et régulière, sans cassure ni segment droit. C'est le downface. |
| Truffe noire, inclinée vers le bas à son extrémité | Le bout de la ligne pique légèrement, ce qui achève la courbe. |
| Yeux paraissant étroits, obliques et triangulaires, bien enfoncés, aussi foncés que possible | La forme triangulaire de l'oeil est propre à la race et fait l'essentiel de son expression. |
| Oreilles petites, fines, rapprochées, portées bien droites | Elles sont naturellement dressées, jamais coupées : la coupe est interdite dans les pays qui appliquent la convention européenne sur les animaux de compagnie. |
| Mâchoires fortes, articulé en ciseaux | Les incisives supérieures recouvrent les inférieures au contact. Le prognathisme et l'articulé inversé sont des défauts. |
L'ensemble des rubriques du standard est présenté dans la page les standards et variétés du Bull Terrier.
Les limites à ne pas franchir
Une sélection qui accentue un caractère peut le pousser au delà de ce que la fonction supporte. La question se pose dans toutes les races à type marqué et le standard y répond lui même, sans qu'il soit besoin de polémiquer.
Le texte exige que la tête soit profonde jusqu'au bout du museau, que la mâchoire inférieure soit forte, que la dentition soit complète et en ciseaux, et que le chien reste actif et bien équilibré. Chacune de ces phrases est une limite. Un profil obtenu au prix d'une mâchoire inférieure faible, d'une dentition irrégulière ou d'une narine pincée s'éloigne du standard au lieu de s'en rapprocher.
Trois points d'observation permettent de vérifier que la fonction suit le type.
- La respiration. Le Bull Terrier n'est pas une race à face aplatie : son museau est long. Une respiration bruyante au repos n'est pas une caractéristique de race.
- La dentition. L'articulé en ciseaux et la place suffisante pour les incisives supposent une mâchoire inférieure large. Une tête très courbée et une mâchoire étroite ne vont pas ensemble.
- L'oeil. Le standard demande un oeil petit, enfoncé et triangulaire, pas un oeil masqué par des tissus. La visibilité doit rester normale.
Ces vérifications relèvent de l'observation, pas du diagnostic. Un doute sur la respiration, la dentition ou les yeux d'un chien se tranche avec un vétérinaire.
Reconnaître un profil correct sur photo
Une photo de profil, prise à hauteur du chien, permet quatre vérifications simples. Elles ne remplacent pas le jugement d'un juge de race, mais elles évitent les erreurs grossières.
- Suivre la ligne du dessus de la tête avec le doigt. Du sommet du crâne à la truffe, elle doit descendre sans cassure ni palier. Une bosse, un plat ou un décrochage signalent un profil incomplet.
- Regarder sous l'oeil. La zone doit être pleine. Un creux sous l'oeil est le défaut de remplissage le plus fréquent, et il se voit mieux de trois quarts que de profil.
- Vérifier la profondeur du museau au bout. La hauteur du museau ne doit pas fondre à l'approche de la truffe : c'est ce qui distingue une tête forte d'une tête simplement longue.
- Situer l'oreille. Petite, fine, rapprochée de sa voisine et portée droite. Une oreille large ou basse déséquilibre l'ensemble de la tête.
Un dernier réflexe utile : la tête ne se juge jamais seule. Le standard demande un chien fortement construit, musclé, équilibré et actif. Une tête remarquable sur un corps mal construit ne fait pas un bon sujet, et une lignée qui ne sélectionne que la tête finit par le payer sur le reste.