La période du tout blanc
De la constitution de la race jusqu'aux années 1930, le Bull Terrier est blanc. Les sujets colorés naissent, mais ne sont ni exposés, ni retenus pour la reproduction : la couleur est considérée comme une trace des origines dont la race cherchait à se distinguer.
Cette exclusivité est un choix esthétique devenu, par accumulation, un choix génétique. Sélectionner sur un seul patron de robe revient à écarter à chaque génération une partie de la population, indépendamment de ses autres qualités. Sur soixante-dix ans, l'effet est considérable : la base reproductrice se rétrécit, et les caractères associés au blanc se concentrent.
Le premier de ces caractères associés est l'audition. Le blanc du Bull Terrier tient à une absence étendue de pigment, et les cellules pigmentaires participent au fonctionnement de l'oreille interne. Concentrer le blanc revient donc à concentrer le risque auditif, comme l'explique en détail la page consacrée à la surdité.
L'introduction des robes colorées
La réintroduction de la couleur est une décision d'élevage datée, prise au début du XXe siècle. La littérature de race l'attribue à des croisements avec des chiens de type Staffordshire, suivis de plusieurs générations de retour vers le type Bull Terrier pour retrouver la tête, la taille et la construction de la race.
L'admission officielle suit dans les années 1930. L'American Kennel Club distingue depuis 1936 une variété colorée, jugée dans des classes séparées de la variété blanche. En Europe, la Fédération cynologique internationale ne sépare pas la race en deux variétés : la couleur y est une rubrique du standard, et les sujets concourent ensemble.
Deux conséquences généalogiques en découlent, et elles sont toujours actives.
- Tous les sujets colorés actuels passent par cette réouverture. C'est un point de convergence obligatoire dans leur généalogie, comparable à un goulot d'étranglement.
- La réouverture a élargi la base de la race. Elle a réintroduit de la diversité dans une population qui s'était refermée, ce qui constitue l'un des rares apports extérieurs documentés de son histoire.
Ce que dit le standard sur la robe
Le standard traite la robe en deux temps, et ses formulations méritent d'être citées avec précision parce qu'elles sont souvent déformées.
| Élément | Formulation du standard | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Poil | Court, plat, dur au toucher et brillant. | Une robe qui colle au corps, sans sous-poil abondant. |
| Sujets blancs | Robe blanche pure ; la pigmentation de la peau et les marques sur la tête ne sont pas pénalisées. | Une tache colorée sur la tête reste admise chez un sujet dit blanc. Des marques sur le corps, en revanche, le classent parmi les colorés. |
| Sujets colorés | La couleur doit dominer ; à qualités égales, le bringé est préféré. | Le blanc peut être présent en marques, mais la couleur doit l'emporter sur l'ensemble. |
| Couleurs admises | Bringé noir, rouge, fauve et tricolore sont acceptables. | Ce sont les robes que l'on rencontre en exposition. |
| Couleurs indésirables | Le bleu et le foie sont hautement indésirables. | Ces deux teintes résultent de mécanismes de dilution et de brunissement du pigment, et sont écartées par le texte. |
Une conséquence pratique : le mot blanc, chez le Bull Terrier, ne signifie pas absence totale de couleur. Un sujet à tache colorée sur la tête relève bien de la catégorie des blancs au sens du standard.
Génétique de la couleur, en clair
Le mécanisme de la robe se comprend en une idée, et elle surprend souvent.
Autrement dit, un Bull Terrier blanc possède, comme tout autre chien, des gènes qui déterminent une couleur : bringé, fauve, noir. Ces gènes sont simplement masqués par l'absence de pigment sur presque toute la surface du corps. La tache que le standard tolère sur la tête est fréquemment la seule zone où cette couleur de fond apparaît, ce qui la rend d'ailleurs très informative.
Deux conséquences en découlent, vérifiables sur n'importe quelle portée.
- Deux parents blancs peuvent produire des chiots colorés, puisque la couleur de fond continue d'être transmise sous le blanc.
- Un sujet blanc n'est pas plus « pur » qu'un sujet coloré. Les deux appartiennent à la même race, au même livre généalogique et souvent à la même famille.
Le lien avec l'audition tient précisément à ce mécanisme, et non à la couleur elle même : c'est l'étendue de la zone dépourvue de pigment qui compte. Le détail figure dans la page surdité.
Blanc et colored dans un même pedigree
Dans un tableau d'ascendance, il est courant de trouver les deux familles de robe côte à côte. Voici ce que cela indique et ce que cela n'indique pas.
- Ce que cela indique. Une base génétique plus large que celle d'une lignée exclusivement blanche, puisque les origines colorées descendent de la réouverture du XXe siècle.
- Ce que cela implique en santé. Le risque auditif suit l'étendue du blanc chez chaque chiot, pas la couleur des parents. Une portée issue d'un parent coloré et d'un parent blanc peut compter des chiots blancs, qui relèvent du même dépistage auditif que les autres.
- Ce que cela ne dit pas. Rien sur la qualité des sujets. Le standard demande la même chose aux deux : le type, la construction et le tempérament se jugent indépendamment de la robe.
Un dernier point d'usage : la couleur d'un chien est déclarée sur son document d'inscription. C'est l'une des rares informations du pedigree qui ait une conséquence directe sur le protocole de dépistage à demander, comme le montre l'exemple commenté.