Ce que le standard décrit du tempérament
Le standard consacre au tempérament une formule brève et souvent citée : le Bull Terrier y est décrit comme le gladiateur de la race canine, plein de feu et courageux, mais d'un tempérament égal et docile à la discipline.
La phrase est ancienne et son vocabulaire date. Traduite dans les termes d'aujourd'hui, elle demande trois choses.
- De l'énergie et de l'engagement. Un chien qui s'implique dans ce qu'il fait, qui ne se décourage pas et qui a besoin d'activité.
- De la stabilité. C'est le sens de « tempérament égal » : un chien qui ne bascule pas d'un état à l'autre sans raison, prévisible dans ses réactions.
- De la disponibilité à l'apprentissage. « Docile à la discipline » ne signifie pas soumis, mais capable de travailler avec une personne et d'accepter un cadre.
Le standard ajoute, comme tous les standards modernes, que toute agressivité ou timidité excessive constitue un défaut, et que le comportement s'apprécie dans les conditions d'un examen. Un chien qui ne se laisse pas approcher par un juge n'est pas conforme au texte de sa race.
Ce que la sélection historique a laissé
Le tempérament d'une race est le résidu de ce que des générations d'éleveurs ont retenu. Chez le Bull Terrier, ce résidu s'explique par deux périodes successives, aux objectifs opposés.
| Période | Ce qui était recherché | Ce qui en reste |
|---|---|---|
| Avant la constitution de la race | Un chien qui ne renonce pas, résistant à la douleur et à la fatigue, très engagé dans l'action. | La ténacité, le seuil de sensibilité élevé, l'intensité dans le jeu et l'activité. |
| À partir des années 1860 | Un chien d'exposition et de compagnie, manipulable par un juge, vivant en famille. | L'attachement aux personnes, la tolérance à la manipulation, le besoin de contact. |
Cette double origine explique une caractéristique souvent décrite dans la race : un chien très demandeur d'interaction humaine, doublé d'une forte intensité dans l'engagement physique. Les deux traits viennent de deux moments différents de la sélection et coexistent chez le même animal.
Le déplacement des objectifs, de l'usage vers la compagnie, est raconté dans l'origine de la race.
La part de la lignée dans le tempérament
La question centrale de cette page appelle une réponse mesurée, et il se trouve qu'elle a été mesurée.
Ce chiffre, souvent mal reçu, dit deux choses à la fois. D'abord que la race compte : 9 % de variation expliquée n'est pas rien, et certaines aptitudes se transmettent nettement mieux que d'autres. Ensuite que l'essentiel de ce qui distingue deux chiens ne vient pas de leur race.
À l'intérieur d'une race, la part attribuable à la lignée suit la même logique. Ce qui se transmet le mieux, ce sont des tendances générales : le niveau d'activité, la réactivité aux stimulations, la sociabilité envers les humains, la tolérance envers les autres chiens. Ce qui ne se transmet pas, ce sont les comportements appris : la propreté, le rappel, la marche en laisse, la gestion de la frustration.
Un tempérament de lignée se constate donc sur plusieurs chiens d'une même famille, jamais sur un individu isolé.
La part de la socialisation et de l'éducation
La part qui ne relève pas de la génétique se joue pour une bonne partie dans les premiers mois, et le reste tout au long de la vie du chien.
- La période de socialisation du chiot est celle où il constitue son répertoire de ce qui est normal. Ce qu'il rencontre alors, positivement, dans des conditions calmes, lui restera familier. Cette période se déroule en grande partie chez l'éleveur.
- Le milieu d'élevage compte autant que le programme. Une portée née dans un lieu de vie, exposée aux bruits domestiques et manipulée quotidiennement, ne part pas au même endroit qu'une portée élevée à l'écart.
- L'apprentissage se poursuit à l'âge adulte. Un chien continue d'apprendre toute sa vie, y compris ce qu'on ne cherchait pas à lui enseigner.
- Le mode de vie fait le reste. Un chien construit pour l'activité, à qui l'on ne propose aucune dépense, exprime son énergie autrement. Ce n'est pas un trait de caractère, c'est une conséquence.
Ce site ne donne pas de méthode d'éducation : c'est un autre métier, qui s'exerce avec un professionnel et devant le chien concerné. Il se contente de situer ce qui relève de la lignée et ce qui n'en relève pas.
Les questions à se poser devant une portée
Devant une portée, quelques questions et quelques observations valent mieux qu'un long échange sur le caractère de la race en général.
- Voir la mère, et si possible d'autres adultes de la souche. C'est la seule observation directe possible du tempérament d'une lignée. Une mère qui se laisse approcher normalement, en présence de sa portée, est une information de premier ordre.
- Demander où les chiots ont vécu leurs premières semaines. La réponse se vérifie en regardant le lieu.
- Demander ce que l'éleveur a observé de cette portée, chiot par chiot. Un éleveur attentif décrit des différences ; un éleveur qui n'a rien observé décrit une portée uniforme.
- Demander des nouvelles des portées précédentes issues des mêmes parents. C'est la meilleure approximation disponible de ce que cette combinaison produit.
- Observer les chiots au calme, pas seulement en activité. La capacité à se poser après une excitation est plus informative que l'entrain lui même.
Les autres questions à poser sur la conduite de la souche sont réunies dans limiter la consanguinité dans une lignée.
Idées reçues, rectifiées
Trois affirmations circulent constamment à propos de cette race. Les voici corrigées.
« Le Bull Terrier a une mâchoire qui se bloque »
Aucun chien ne possède de mécanisme de blocage de la mâchoire. L'anatomie de la mandibule et de son articulation est la même chez toutes les races : il n'existe ni verrou, ni crochet, ni dispositif de maintien. Ce que l'on observe est une force de mâchoire et surtout une ténacité, c'est à dire la volonté de ne pas lâcher, qui relève du comportement et non de l'anatomie.
« C'est un chien de catégorie en France »
La loi du 6 janvier 1999 relative aux animaux dangereux définit deux catégories de chiens. Le Bull Terrier n'y figure pas, non plus que le Staffordshire Bull Terrier. La confusion vient de la proximité des noms avec l'American Staffordshire Terrier, comme l'explique Bull Terrier ou Staffie.
« Il devient agressif sans raison »
L'idée d'un basculement soudain et sans signal ne correspond pas à ce que décrit l'étude du comportement canin. Les comportements d'agression sont précédés de signaux, souvent discrets et fréquemment ignorés par les personnes présentes. Ce qui est décrit comme imprévisible est le plus souvent un signal non lu. Un chien qui présente des comportements inquiétants relève d'un vétérinaire comportementaliste, qui évaluera l'animal, son état de santé et son environnement.