Pourquoi si peu de chiens pèsent si lourd
Dans toute race, quelques reproducteurs finissent par se retrouver derrière la quasi totalité des sujets vivants. Ce n'est pas un hommage rendu à leur qualité : c'est un effet mécanique, produit par trois phénomènes qui se cumulent.
- La fermeture du livre généalogique. Une race est une population fermée. Aucun apport extérieur n'y entre plus, sauf décision exceptionnelle. Le patrimoine disponible ne peut donc que se redistribuer, jamais s'élargir.
- Le goulot d'étranglement fondateur. La race part d'un très petit nombre de chiens. Tout ce qui n'était pas présent chez eux est définitivement absent de la race, et tout ce qui était présent chez eux est présent partout.
- L'effet du mâle très utilisé. Un mâle peut produire des dizaines de portées quand une femelle en produit quelques unes. Un reproducteur à succès diffuse donc son patrimoine à une vitesse sans commune mesure avec celle de ses contemporains.
Ce troisième point est le plus décisif, parce qu'il agit à chaque génération et qu'il est le seul sur lequel les éleveurs gardent la main. Une race peut compter des milliers de reproducteurs déclarés et n'avoir en réalité qu'un effectif efficace de quelques dizaines de chiens, si les saillies se concentrent toujours sur les mêmes mâles. Le fonds Génétique développe ce calcul dans la page limiter la consanguinité.
Les fondateurs cités par la littérature de race
Ce site ne publie pas de liste de noms. La raison est simple : au delà de quelques repères solidement documentés, les généalogies anciennes circulent recopiées, souvent sans source, et une erreur de transcription se propage indéfiniment. Trois repères, en revanche, sont cités de façon constante par la littérature de race.
- Le fondateur documenté
- James Hinks, éleveur à Birmingham, à qui l'on attribue la sélection du chien blanc dans les années 1860. Ce n'est pas un géniteur mais un sélectionneur : son empreinte passe par les chiens qu'il a produits et diffusés.
- Le chien repère du type
- Les histoires de la race citent régulièrement un mâle né en 1917, Lord Gladiator, comme le premier sujet dépourvu de stop, c'est à dire présentant le profil continu recherché depuis. Il sert de borne au récit de la fixation du type.
- Les lignées colorées reconstituées
- Au début du XXe siècle, la couleur est réintroduite par croisement avec des chiens de type Staffordshire, puis retravaillée sur plusieurs générations pour retrouver le type Bull Terrier. Les sujets colorés actuels passent tous par cette porte.
Ces trois repères suffisent à comprendre la structure de la race : un fondateur, un point de fixation du type, une réouverture contrôlée. Tout le reste est de la redistribution.
Comment une empreinte se mesure
L'empreinte d'un ancêtre se mesure, et le calcul est simple. À chaque génération qui sépare un chien d'un de ses ascendants, la contribution attendue de cet ascendant est divisée par deux.
| Rang de l'ancêtre | Nombre d'ancêtres à ce rang | Contribution attendue de chacun |
|---|---|---|
| Parents | 2 | 50 % |
| Grands-parents | 4 | 25 % |
| Arrière-grands-parents | 8 | 12,5 % |
| 4e génération | 16 | 6,25 % |
| 5e génération | 32 | 3,125 % |
| 6e génération | 64 | 1,5625 % |
Deux précisions rendent ce tableau utilisable. D'abord, il s'agit d'une contribution attendue, c'est à dire d'une moyenne : le tirage au sort de la méiose fait que la contribution réelle d'un grand-parent donné peut s'écarter sensiblement de 25 %. Ensuite, ces valeurs s'additionnent lorsqu'un même ancêtre occupe plusieurs cases du tableau. C'est précisément ce cumul qui fait l'empreinte d'un géniteur historique, et c'est lui que mesure le coefficient de consanguinité.
Lire une lignée sans la fantasmer
L'argument généalogique est le plus employé et le moins vérifié des arguments de vente. Il se présente presque toujours sous la même forme : un nom prestigieux, cité sans indication de rang, dans une conversation où personne ne compte les générations.
Le tableau ci-dessus permet de le remettre à l'échelle en quelques secondes.
Trois questions permettent de faire parler un nom cité dans une conversation.
- À quelle génération figure-t-il ? La réponse suffit le plus souvent à clore le sujet.
- Combien de fois figure-t-il ? Un ancêtre présent quatre fois en quatrième génération pèse davantage qu'un ancêtre présent une fois en deuxième. C'est le cumul qui compte, pas le prestige.
- Que sait-on de ce qu'il a produit ? Un reproducteur se juge sur sa descendance, pas sur son palmarès personnel. Un champion qui n'a rien transmis reste un champion, pas un géniteur.
La méthode pratique pour repérer ces répétitions sur un document est décrite dans lire les générations d'un pedigree.